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"La Véranda" appuie une communauté indigène au sud du Chili : les Mapuche.

Après des siècles de déni et d'abus, les Mapuche- un peuple originaire d'Amérique du sud- continuent à militer pour la reconnaissance de leur identité et de leurs  droits. 

Introduction

L'Association la "Véranda" dans le cadre de ses projets solidaires a décidé de soutenir le projet de reconstruction de la maison de la cheffe Mapuche Juana Calfunao.  Juana a une trajectoire reconnue internationalement dans la défense des droits des Mapuche, peuple originaire du Sud du Chili. Elle a été détenue pendant près de six ans en raison de son engagement pour les droits des mapuche et continue, de même que plusieurs membres de sa famille, à être soumise à de nombreuses mesures de répression. Elle est venue donner une Conférence à la Véranda et nombreux parmi les membres ont souhaité aider Juana et sa communauté.

Le projet a également été proposé à d'autres organisations non gouvernementales , eu égard aux moyens financiers limités de la Véranda. Grâce à la générosité de deux organisations: la Fondation Oak et la Fondation Pro-Victimis qui ont versé respectivement 10.000 Frs et 8.000 Frs, le projet va pouvoir se concrétiser et devrait être achevé autour de la mi-juin 2013 .

Pour sa part, la Véranda va contribuer à concurrence de 1.000 Frs et plusieurs membres ont également effectué des donations privées se montant à un total de 3.000 Frs.

Le Président de la Véranda se rendra au Chili au courant du mois de juin afin de pouvoir suivre l'évolution du projet et de prendre contact avec les autorités concernées pour garantir également la sécurité du projet.

Nous profitons de cette introduction pour remercier tous ceux qui ont contribué à la réalisation de ce projet humanitaire qui a un impact immense sur la vie de Juana et de sa famille.

Les Mapuche au Chili

Les Mapuche (mapu = terre ; che = peuple ; c'est-à-dire " le peuple de la terre ") sont un peuple autochtone, dont le territoire s'étend dans le centre et le sud du Chili. 6,8% de la population chilienne environ est d'origine Mapuche. Un nombre important de la communauté Mapuche vivent actuellement dans des « réserves », c'est-à-dire quelques hectares de terre qui leur ont été données par l'État chilien au début du XXème siècle. À cette époque-là, suite à l'invasion de l'armée chilienne, le territoire des Mapuche a été réduit de 10 000 000 hectares à 500 000 hectares. Au cours des années 1970, les terres des Mapuche sont à nouveau envahies, notamment par des compagnies forestières.

Situation actuelle

 

Actuellement, les plantations forestières s'étendent sur une surface de 2,1 millions d'hectares qui, dans leur grande amjorité, se trouvent sur le territoire ancestral des Mapuche. Ces plantations de pins et d'eucalyptus nuisent gravement à la vie des communautés. Leur mode de production agricole traditionnel ainsi que leur territoire de chasse et de pêche sont gravement perturbés. A ceci s'ajoute la disparition de la végétation native et des plantes médicinales ; l'érosion et la détérioration des sols ; la pollution des sols et des eaux ; et la diminution de la disponibilité en eau en raison de la grande consommation des plantations.

La subsistance des populations est compromise à cause de ces plantations, qui  détruisent également la cosmovision des Mapuche en faisant disparaître des espaces traditionnellement consacrés aux cérémonies.

Au-delà des activités des compagnies forestières, d'autres activités menacent les terres des Mapuche : l'industrie du saumon, les multiples dépotoirs présents dans le territoire, les méga-projets de « développement » comme des imposantes centrales hydroélectriques, la construction d'un aéroport régional, etc.

Les mobilisations des Mapuche

La revendication de leurs terres ancestrales, qui pour la plupart sont dans les mains de multinationales et de grands propriétaires privés, la pauvreté et les conséquences néfastes des activités des compagnies forestières sur la vie des populations, ont incité plusieurs communautés à se mobiliser et à manifester pour la reconnaissance de leurs droits et la restitution de leurs terres.

La réaction de l'État chilien face à ces demandes politiques, économiques, sociales, territoriales et culturelles a consisté à systématiquement criminaliser et réprimer par voie judiciaire les actes de protestation sociale liés à la revendication des droits territoriaux et politiques. Le gouvernement chilien a appliqué une Loi Anti-terroriste (datant de la dictature) à l'encontre de plusieurs leaders indigènes qui ont été condamné à de lourdes peines.

 Droits de l'homme

 

Au cours des dernières années, le Gouvernement chilien a été, à plusieurs reprises, durement critiqué au sujet des Mapuche par des organisations des droits de l'homme, comme Human Rights Watch, Amnistie Internationale et l'ONU, à travers ses différents organes. Ces critiques font référence à l'application de la Loi anti-terrorisme, à l'existence de la Justice Militaire et à la violence excessive et systématique de la part des forces de police qui, parmi d'autres conséquences, a provoqué la mort de plusieurs jeunes Mapuche.

La communauté Juan Paillalef

«... pour moi il n'y a pas d'autre manière de vivre que de défendre la vie et la nature... Les trawun parlaient de la défense de la terre, jusqu'à la mort ; si d'autres envahissaient nos terres, celles-ci seraient polluées, l'eau serait polluée ; ma grand-mère disait que nous, les Mapuche, nous serions obligés à nous déplacer, comme les gitans... »

Lonko Juana Calfunao Paillalef                                                                                

Juana Calfunao Paillalef est une autorité traditionnelle du peuple Mapuche. C'est une Lonko (cheffe politique) de la communauté Juan Paillalef. Cette communauté a été emblématique de la lutte des Mapuche pour leurs droits en tant que peuple autochtone et pour la restitution de leurs terres ancestrales usurpées par les grands propriétaires terriens, les compagnies forestières et d'autres entreprises transnationales, comme celles de l'industrie du saumon, l'industrie minière, la fabrication de cellulose et les barrages hydroélectriques.

Les membres de la communauté Juan Paillalef ont été poursuivis par l'État chilien pour leur engagement dans la défense de leurs terres et de leurs droits. La maison de la famille de la Lonko Juana Calfunao été délibérément incendiée à deux reprises (http://www.amnesty.org/en/library/asset/AMR22/008/2004/en/b976cdcb-faad-11dd-b6c4-73b1aa157d32/amr220082004es.pdf). La Lonko a souffert un avortement suite à la violence avec laquelle la Police l'a frappée en 2000 et, au cours des dernières années, plusieurs membres de la communauté ont été victimes de mauvais traitements et emprisonnés. En 2006, Juana Calfunao, dans le cadre d'un procès largement critiqué par les ONG nationales et internationales, a été condamnée à six ans de prison pour « attentat contre l'autorité ». Son mari, Antonio Cadin, a été également condamné à cinq ans de prison. Deux de leurs fils ont été détenus à plusieurs reprises. Et la fille cadette du couple, âgée de douze ans, a demandé l'asile politique en Suisse en 2008, avant de rentrer au Chili en 2011, suite à la libération de sa mère. En septembre 2010, Juana Calfunao a pu sortir de prison sous le régime de « liberté conditionnelle ».

La Lonko est reconnue par l'ONG "Front Line defenders" comme une activiste de la défense des droits de l'homme. Elle est co-fondatrice de la Commission Éthique contre la Torture, une ONG chilienne reconnue dans le domaine des droits de l'homme. Elle est également co-fondatrice du Défenseur Autonome Mapuche, un nouvel instrument juridique et social pour la défense des droits des Mapuche, fondé en 2010.

Pendant sa détention, elle a continué à dénoncer les problèmes et les abus à l'encontre de sa communauté et de son peuple, à travers différents vecteurs de communication dont des peintures et des dessins.  Ainsi, elle a réalisé plus de 300 dessins qui ont fait l'objet de différentes expositions dans plusieurs pays.

Le projet de la communauté Juan Paillalef

 

La communauté Juan Paillalef, par l'intermédiaire de Juana Calfunao, sa Lonko (cheffe) et Lawentufe (herboriste), a conçu un projet de reconstitution de leur communauté, qui a été progressivement démantelé en raison de problèmes économiques, politiques et, plus spécifiquement, ethniques.

Le projet de la communauté Juan Paillalef se situe sur une parcelle de 1, 4 hectares, sur le territoire mapuche, sur les rives du fleuve Allipen provenant du lac Colico. Cette parcelle constitue approximativement le quart du territoire total de cette communauté. Une flore native couvre la majeure partie de ce territoire, qui comprend également plusieurs clairières près de la route et du fleuve.

Le projet initial, conçu en 2005 (avant l'emprisonnement de la Lonko et de plusieurs membres de la communauté) par un architecte suisse vivant au Chili, prévoyait, dans sa globalité la construction de quatorze maisons pour loger les familles descendantes de Juan Paillalef, selon la tradition des Mapuche, organisées en clans de familles sous l'autorité du chef respectif, le Lonko. Afin de garantir l'autonomie économique de cette communauté de manière durable, le projet prévoit également la construction d'un centre de médecine Mapuche suivant les traditions médicinale ancestrales, un centre pour la commercialisation de l'artisanat Mapuche ainsi qu'un centre de réunion, de rencontre et de conseil juridique pour les communautés Mapuche de la région.

L'idée étant d'assurer la préservation des traditions mapuche, avec une vision pluriculturelle, ainsi que leur diffusion parmi les autres membres de la population chilienne et étrangère, à travers le centre médical et le centre d'artisanat. Le centre de réunions et de conseil juridique permettra de diffuser cette expérience dans la région et de réaffirmer la pertinence de la culture mapuche dans notre XXIème siècle.

 

 Sur cette base, le projet prévoit la construction de :

• Maisons (Rukas) de la Communauté

Dans la cosmovision Mapuche, la relation de consanguinité est très importante, étant donné que le culte des ancêtres est le noyau central de la transmission et des connaissances des  Mapuche. Chaque lignage a son fondateur, l'ancêtre commun du groupe. Celui-ci est présent dans les décisions et le déroulement de la vie actuelle.

Les trois projets mentionnés ci-dessus permettront le retour à la communauté de quatorze familles consanguines de Juan Paillalef. Chaque famille sera logée dans une maison à elle, dans la plaine de la parcelle, autour du « rehue », totem des cérémonies Mapuche.

Les maisons seront construites autour du « rehue » actuel, dans la prairie qui se trouve près de la route. Un terrain de « palín » sera également construit. Il s'agit du jeu sportif traditionnel des Mapuche, faisant partie des cérémonies.

Un centre médical Mapuche

Au bord du fleuve, un centre médical Mapuche sera construit, où des membres de cette communauté, des Chiliens, voire des étrangers pourront se faire soigner suivant les traitements médicaux Mapuche pratiqués par la Lawentufe (herboriste Mapuche) et, selon les cas, par une Machi (prêtresse et chamane Mapuche). Il faut signaler qu'un projet de la sorte mais à moindre échelle a été réalisé dans la commune de La Pintana, à Santiago, dans le cadre duquel des Machi soignent des patients dans un hôpital communautaire, où elles jouissent d'une importante reconnaissance.

• Un centre de commercialisation d'artisanat Mapuche

La route traversant les parcelles de la communauté Juan Paillalef sera utilisée pour développer un centre d'artisanat Mapuche, activité à laquelle se consacre actuellement la famille de Juana Calfunao, avec des points de vente à Temuco et à Santiago. Cette activité sera élargie pour proposer des travaux en tissu, bois, argent et argile.

Un centre de réunions et de conseil juridique Mapuche

Entre la route et le fleuve, il est prévu de construire un centre de réunions pour les Mapuche afin qu'ils puissent débattre et diffuser les problèmes des communautés Mapuche à travers des assemblées de Lonkos (chefs Mapuche). Ces assemblées, qui se déroulent au cours de plusieurs jours, sont le forum pour la prise de décisions et la cohésion de l'ethnie Mapuche.

Pour soutenir le travail de ces assemblées, il est prévu de construire trois bureaux destinés au conseil juridique. De cette façon, les communautés Mapuche pourront agir avec des outils adéquats dans la société contemporaine.

Le centre de réunions sera le lieu des manifestations culturelles Mapuche, de même que le centre d'artisanat.

Toutes ces édifications seront conçues suivant la cosmovision Mapuche, c'est-à-dire avec des critères respectueux de l'environnement et de construction durable. L'emplacement de chacune de ces constructions sera déterminé de façon à limiter l'abattage d'arbres natifs et dans des sites énergétiquement positifs par rapport aux activités pratiquées.

Photo: Prototypes élaborés par l'architecte Alain Champion.

Défenseur Autonome Mapuche

Le Défenseur Autonome Mapuche (DAM) est un organisme de défense juridique et sociale du peuple Mapuche, fondé par les membres de la communauté Juan Paillalef en 2010, dans le but de « défendre, protéger et promouvoir les droits individuels et collectifs de la population Mapuche ».

La fondation de cet organisme répond aux besoins du peuple Mapuche, qui a vu ses droits individuels et collectifs bafoués de manière systématique par l'État chilien et ses différents organes.

Pour cela, le DAM est soutenu par une équipe multidisciplinaire composée par un avocat, une psychologue, un assistant social et une anthropologue.

Depuis sa fondation, le DAM a pris en charge la défense des membres de la communauté Mapuche accusés de délits relatifs aux revendications territoriales ; a conseillé sur le plan technique et juridique les communautés Mapuche ; a organisée une journée d'information sur les droits des indigènes et a participé dans des forums sur ce thème. Le DAM a élaboré plusieurs rapports et dénonciations qui ont été présentés à l'ONU (Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones, Comité des droits des enfants, Conseil des droits de l'homme) et d'autres organismes des droits de l'homme.

En raison de problèmes économiques, le DAM a dû quitter les bureaux loués à Temuco. L'organisme poursuit actuellement ses activités sans disposer de locaux fixes.

Un premier pas

Cependant en raison d'une série de difficultés tant d'ordre économique que politique avec l'emprisonnement de plusieurs membres de la communauté, le projet n'a pu être mis en œuvre. Le projet, dans sa globalité a été présenté[1] à plusieurs ONG et donateurs potentiels qui ont exprimé un intérêt mais ont souligné qu'ils préfèreraient s'engager dans un projet déjà existant, ce qui est très difficile pour la communauté qui ne dispose pas des ressources nécessaires pour débuter le projet.

Suite à ces divers contacts et aux difficultés rencontrées pour initialiser le projet, la cheffe Juana Calfunao, qui a fait plusieurs voyages en Europe et est venue également présenter son peuple dans le cadre de notre Association "La Véranda" qui regroupe une cinquantaine de membres, dont plusieurs anciens délégués du CICR (www.vercoranda.ch)

L'Association "la Véranda" se propose de soutenir, comme premier pas, un petit projet consistant à avoir une première maison au sein de la communauté. Cette première maison permettrait aussi bien de reloger la cheffe Juana qui, depuis sa sortie de prison ne dispose plus de logement en raison de l'incendie de sa maison que d'abriter également les bureaux de la DAM qui, faute de ressources ne dispose plus de bureau fixe.  La mobilisation de donateurs privés et des réseaux d'amis permettra de faire un premier pas avec comme objectif à moyen et long terme de trouver les ressources nécessaires pour contribuer au projet plus global.

Cette première maison, pour des raisons économiques, consisterait en une structure en bois préfabriquée qui pourrait être édifiée par les membres de la communauté. Le coût pour acheter et acheminer le matériel depuis la ville de Temuco et le terrain s'élève entre environ 12.560  Frs pour une maison en kit de 47, 12 m2 Les prix figurent (en pesos chilien) dans l'annexe au présent document. Il faudrait à ces coûts de base ajouter des éléments spécifiques (tuyaux, sanitaires) pour un coût supplémentaire d'environ 800 Frs.

A noter que tous ces devis datent du mois de mai 2012 et qu'il est possible qu'il y ait eu des modifications.

Par le biais de ce petit projet, nous nous proposons de collaborer avec la communauté et de donner ensemble un premier pas. Pour commencer, nous cherchons à construire une maison au sein de la communauté Juan Paillalef pour loger les bureaux du DAM, étant donné que la communauté ne dispose pas de maisons en bon état qui pourraient remplir cette fonction.

D'un autre côté, nous nous proposons de donner une maison digne à la Lonko de la communauté, Juana Calfunao.



Pour les personnes intéressées, une version détaillée du projet total est disponible